Parlons Révolution.

Tregourez aura son cahier de doléances au printemps 1789. Le maintient provisoire du domaine congéable, dont la suppression est revendiquée dans les remontrances de la commune, conduira certains habitants à recourir à la violence. La paroisse qui compte alors 100 feux, est représentée par deux députés, Laurent Péron et Corentin Le Bourhis à l’assemblée du tiers -états de la sénéchaussée de Quimper chargée de la rédaction de ce cahier.

Le 4 aôut 1789, des domaniers de Trégourez et de Laz envahirent le château de Trévarez.

doléance

« La suppression du domaine congéable est sans aucun doute le point  qui tient le plus à cœur aux colons. Son maintient provisoire, après la nuit du 4 août 1789 où les députés réunis à Paris abolissent les privilèges, provoquent leur déception. Il engendre une agitation qui revêt un caractère violent en Haute Bretagne alors qu’en Basse Bretagne elle reste dans un cadre légal. Les domaniers de la comtesse de Roquefeuil, dont font partis certains paysans de Tregourez, font exception. Le 11 août 1799 ils marchent sur la résidence seigneuriale de Bois Garin en Spézet et somment la comtesse de leur remettre les titres convenantiers. Celle-ci ayant refusé, elle sera immergée dans l’eau du puits. Soumise à ce traitement brutal, elle finira par céder. Les paysans révoltés brûlent alors les papiers terriers dans la cours du château. » (Trégourez Ancien Régime et Révolution 1989)

Le 27 novembre 1790 l’Assemblée décrète que les ecclésiastiques doivent prêter serment à la Constitution. Le 26 mai, la législative décrète que tout prête insermenté, dénoncé par vingt citoyens actifs serait proscrit. En dépit de l’opposition du roi, les ecclésiastiques sont rassemblés dans les villes pour y être détenus avec plus ou moins de sévérité. Le 22 avril 1791 le directoire du Finistère ordonne aux prêtres réfractaires de se retirer à au moins quatre lieues de leurs anciennes paroisses.

Bois Garin

La loi du 12 septembre 1791 crée la commune de Laz, « qui aura Tregourez comme succursale », mais la commune de Tregourez devint indépendante dès 1793.

Pendant la Révolution, Tregourez a connu  la Chouannerie.

La Révolution à ses débuts a réussi en Bretagne. La colère à l’égard des abus de l’Ancien Régime, clairement manifestés par les cahiers de Doléances. Cet élan initial va bientôt être rompu pour faire face à la contre-révolution, phénomène qui n’a pas concerné la province dans sa totalité. La déportation des prêtres pas plus que l’exécution de Louis XVI  n’ont suffit à provoquer un soulèvement contrer la révolution. Les insiurgés n’ont pris les armes pour défendre ni Dieu, ni le roi, ces raisons cependant ont accentué le mécontentement. (Tregourez Ancien Régime et Révolution 1989)

L‘obligation de fournir des soldats à l’armée dans le cadre de la levée de 300 000 hommes exaspère la population et provoque l’insurrection en 1793. La chouannerie qui en est postérieure prit alors la forme d’une  guerre civile qui opposa républicains  et royalistes dans l’Ouest de la France, alors que la Vendée déployait une véritable armée. Les paysans placèrent des nobles à leur tête, parfois en les contraignant.

La Chouannerie dont les péripéties sont sous l’impulsion de Antoine d’Amphernet, vicomte de Pont Bellanger, mari de Louise du Bot du Grégo, propriétaire de Trevarez  a connu moult  péripéties dans notre campagne. Il mourut de façon mystérieuse vers 1796. Les premiers affrontements éclatèrent en 1972 ont évolué en jacquerie paysanne, puis en guerilla et enfin en batailles rangées avant de se terminer par la victoire des Républicains en 1800.

Au printemps 1796, le Conseil du Morbihan  charge  De Bar,

« de rallier des mécontents du côté de Carhaix et d’étendre l’insurrection dans le Finistère, des racoleurs parcoururent les campagnes de Langolen, Coray, Tregourez, Leuhan, Laz, prenant le nom des déserteurs, des conscrits et même des hommes mariés, et les avertissant, avec des menaces, de se tenir prêts quand on viendrait les réunir ».

Des cultivateurs furent dépouillés par ces bandes.

« Ils se laissaient piller sans nommer leurs voleurs dans la crainte d’être assassinés ».

Les Chouans Morbihannais rassemblés près du Faouët traversèrent le 18 juin 1795 la Cornouaille pour aller s’emparer de 6 à 7 milliers de poudre à Pont de Buis.

Chouans iti

Je me rappelle avoir entendu mon père me raconter qu’un jour (c’était pendant la Révolution), les Chouans étaient venus là pour enquêter et piller; ceux-ci avertis bouillirent une grande quantité d’eau dans le grenier et, quand les Chouans s’approchèrent de la maison ils lancèrent dessus le liquide bouillant; malgré l’assaut qu’il lui donnèrent, même à l’aide de brancards de charrette 1 pour enfoncer la porte, ils durent battre en retraite devant ce moyen de défense, ceux de Kergaréon n’eurent ainsi aucun niai. Je garde une baïonnette de chouans restée après eux dans cette journée mémorable. (René Coroller Mémoires 1950)

Ils passèrent par Roudouallec, s’arrêtèrent au Manoir de Kersalaun, et arrivèrent à Tregourez au début de l’après-midi au nombre de 800, commandés par Lantivy et Kersa­laün. Ils s’arrêtent sur la place de l’église et fouillent toutes les maisons pour trouver des armes.

« Ce jour 29 prairial an III, le citoyen Kerincuff a dit que le matin de ce jour (…) il arriva — à Tregourez — environ cent hommes qui fouillèrent toutes les maisons pour avoir des armes… »

Ils furent rejoint par trois autres bandes de 100 hommes chacune ; L’une venant de Trevarez en Laz, l’autre de Coray et la troisième d’Edern. De Tregourez ils se rendirent à Edern (y assassinèrent l’instituteur Le Prédour), à Briec (ou le curé Goraguer eu le même sort, puis par Pont Coblant, arrivèrent le soir à Saint Ségal. Après avoir fait leur coup à Pont de Buis, ils regagnèrent leurs bases morbihannaises en passant par Plovenez du Faou, Landeleau, Pont Trifen, Saint Hernin.

les-chouansCadre

« 14 pluviôse an VII (2 février 1799) Alain Bouriquen de Tregourez au lieu La Motte doit avoir été capitaine des chouans et les soutenir encore. Il ne serait pas étonnant qu’il fut instruit de tous les vols commis et que lui-même donna des renseignements sur les époques ou l’on perçoit les contributions « .

Le chef des Chouans de Cornouaille était un certain Ducap qui opérait dans la région de Briec en 1795. Il se cacha à Tregourez et fut arrêté à Kerhuel en Laz et exécuté avec ses Compagnons. A la suite de l’échec de cette opération, les chouans voit leurs effectifs régresser. Des procès verbaux de l’époque font état de rassemblement de chouans, liés à une réunion nocturne prévue à Tregourez dans la nuit du 29 ventôse an IV (19 mars 1796).

« Samedi soir 29, la réunion doit s’être faite à Tregourez ; ceux de Briec n’ayant pas bien compris l’avertissement se rendirent à Coray au lieu d’aller à Tregourez. Le domestique de Le Gars, de Rupelleter retournant, le dimanche, bien fatigué, avoua chez l’aubergiste marchand de cidre Yves Stéphan, de Penvernic, en Landudal, qu’il était bien fatigué, qu’il n’avait pas pu rencontrer les autres. Le 4 Germinal, Lamothe Bouriquen, fils, de Tregourez a été jusqu’au bourg d’Edern, il y a 8 jours, pour tâcher de réunir les fuyards. » « Le Pétillon, de Kerstrat, en Tregourez, prévient son frère du Léti en Langolen » (Info Bretagne)

Un mois plus tard, Brehier, commissaire, déclare que à Tregourez l’agitation chouanne n’a plus cours ;

« On a également tenté de séduire cette petite commune mais, les efforts des malveillants ont été impuissants et, les petits attroupements qui ont eu lieu ont bientôt été dissipés. Tous respirent la paix, l’ordre et la tranquillité ; tout est soumis aux lois du gouvernement ».

BrehierSignatureExpert

Les exactions se sont poursuivies sur tout le parcours des chouans. Au manoir de Coat Goën, sur Langolen à la limite de Tregourez subsistait un four à pain, chaque ferme en possédait un. Extérieurement ce four présente une excroissance en demi cercle au pignon d’un bâtiment appelé « ar c’harrdi forn ». C’est ici que fut autopsié le corps de Marie Littré tuée par les chouans qui l’accusèrent de les avoir « donnés ».

Manoir de Coat Goën

 En  1795 et 1796, l’armée des Côtes de l’Océan est cantonnée à Coray et dans d’autres communes proches. Les populations sont tenues de lui faire des fournitures de bois, foin, paille et chevaux. Le 6 mars 1797, la levée des chevaux commence. Le recensement à Tregourez montre que la commune compte 97 chevaux. La quasi totalité des propriétaires possède une seule bête ; 7 d’entre-eux en possèdent 2. Dans la société rurale, le cheval était l’animal noble par excellence. Son rôle était essentiel : il fournissait  l’énergie nécessaire aux gros travaux. La réquisition des chevaux auprès des paysans pour le service des armées ne pouvait donc être qu’impopulaire.

Le  Directoire succède à l’ancien Régime, mais pour autant le peuple n’est pas plus heureux. Le régime n’apporte pas de réponse à la détresse financière du pays. L’agent municipal déclare à l’administration centrale du Finistère le 27 août 1797 :

« Citoyens administrateurs, je viens de publier et faire mettre à jour le rôle de la contribution foncière de la commune de Tregourez, en recouvrement pour les 3/5e dont elle est débitrice : Je ferai ce qui dépendra de moi dans les délais accordés par la loi. Salut et fraternité – Perennec ».

En 1795 – 1800, s’opère une réduction du nombre de cantons, et celui de Coray, avec Leuhan et Tregourez, est intégré dans le vaste canton de Châteauneuf-Du-Faou.

La révolution de 1789 donne donc un nouveau départ à la vie de la cellule de base jusque là appelée paroisse. Les communes proprement dites sont crées. Le terme de paroisse étant désormais réservé aux circonscriptions ecclésiastiques. Mais dès les premières années de la république, on tend à créer des communes, parfois à les supprimer et à les regrouper. Pourquoi regroupe-t-on les communes dans le Finistère ?  Tout simplement parce que l’on manquait……………. de maires assez instruits. (R.Peron Monographie Trégourez 1964)

———-

Le 19 novembre 1800, l’évêque constitutionnel de Quimper Mr Audrein est assassiné. Arrêté par les chouans dans la diligence qui le conduisait à Morlaix, il fut interrogé, et ayant reconnu avoir voté la mort du roi, il fut immédiatement fusillé.  Un détachement de « bleus » part sur les traces de l’assassin et stationne à Tregourez le 15 février 1801.

Assassinat Audrein

La population de Tregourez avoisine  alors les 1000 habitants et vit essentiellement de la culture, de l’élevage, de l’artisanat et du commerce. Les nouvelles structures administratives nécessitent le recrutement de personnel sachant lire et écrire la langue officielle, le français. 

Voici d’ailleurs ce qu’écrivait à ce propos en l’an 10, le préfet du Finistère au ministre :

(si je le note c’est parce que cela concerne Tregourez entre autres communes) « L’ignorance des campagnes est profonde que l’on parcourt cinq à six communes sans rencontrer à l’exception d’un curé et des cy-devant seigneurs, un homme sachant lire ou écrire ou  même parler français. Dans la composition actuelle des maires la moitié d’entre eux sont absolument illettrés ou signent à peine leur nom… Une réunion des communes devient nécessaire. Je ne propose que celles ou il est impossible de trouver des hommes propres à l’administration… » C’est ainsi que le préfet propose la réunion de Plounéour et de Lanvern, de Carhaix et de Plouguer, de Pont Aven et Nizon, de Coray Leuhan et Tregourez. Beaucoup de ces projets ont été réalisés, avec beaucoup de retard il est vrai et pour des motifs bien différents que ceux invoqués par le préfet de l’an 10. (R.Peron Monographie)

Les agents de la révolution eurent toutes les difficultés à recruter des responsables municipaux compétents. A Tregourez, le commissaire constate,

« l’agent ne sais ni lire, ni écrire. L’adjoint signe seulement avec beaucoup de difficultés; un nommé Corentin Le Bourhis, leur secrétaire, dirige seul les opérations. » 

Deux mois plus tard, le nouvel agent, signe un document qui porte en bas de page

« Jean le Bourhis, agent, déclare ne savoir signer ».

La réunion de Coray Leuhan Tregourez ne se fit jamais. Sans doute aurait elle posé trop de problèmes. Mais il est à noter que sous la révolution ces trois communes constituaient le canton de Coray. Aujourd’hui elles font partie du canton de Châteauneuf du Faou. (R.Peron Monographie Trégourez)

 

 

 



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