Souvenirs d’écoliers.

La scolarisation ne progressa guère. En 1868 le préfet du Finistère regrettait que son département continuât d’être « teinté de noir sur la carte nuancée de l’instruction publique en France » et en 1881, un rapport qu’un de ses successeurs adressait au ministre, attestait qu’à cet égard la situation n’évoluait guère, du moins en ce qui concernait la partie féminine de la population.

« A Tregourez l’école était neuve, c’est nous qui l’inaugurions. Il y avait deux classes, une cour qui me paraissait immense, en pente raide où l’écoulement des eaux de pluie dévalant dans le jardin puis dans le champ en contrebas, provoquant des rigoles et des bosses très dangereuses pour les enfants. Le puits, au fond de la cour vers l’Est, n’était pas du tout pratique : La manivelle étant trop haute, de plus, il s’asséchait souvent l’été et nous devions aller à 50 mètres nous servir au puits du café voisin. Il est curieux de constater que les puits d’école à Laz, à Tregourez tarissaient l’été alors que leurs voisins avaient constamment de l’eau. J’en conclus que, déjà à la fin du 18e et au commencement du 20e siècle, les entrepreneurs n’étaient pas très honnêtes quand il s’agissait d’établissement publics. On refusait de creuser à 13 mètres si on trouvait l’eau à 10 mètres.

cour ecole 2017

D’ailleurs à l’école de Tregourez nous trouvâmes une malfaçon plus grave: Le mur du préau se lézardait déjà et s’inclinait vers l’extérieur, entraînant le toit qui, lui-même, donnait aux deux poteaux de soutien une obliquité inquiétante. Quand il pleuvait à torrents ou quand il faisait très chaud, fin juin, tous les gosses, au nombre de 100 à 200, se réfugiaient sous le préau et la chute du toit aurait été une catastrophe. Il y eut des palabres, des témoins furent posés, qui se rompirent et on repalabrat. »

sortie ecole garçons

« En 1917, quand nous quittâmes Tregourez, rien n’avait été fait. La guerre avait interrompu toute prescription et je suppose que par la suite l’entrepreneur fut mis en demeure de refaire son mur. Le champ voisin ne venait pas toucher les bâtiments côté Nord. Il y avait une bande de terrain de trois mètres de large environ, en herbe, que rien ne séparait du champ, qui appartenait encore à l’école. C’est là que, pendant les grandes vacances, nous allions au frais, à l’ombre de l’école et comme il n’y avait aucune porte de ce côté, il fallait enjamber une fenêtre, ce qui doublait le plaisir. Dès la rentrée scolaire de septembre 1909 on s’aperçut que les 2 classes étaient trop chargées et qu’il fallait en créer une troisième. On se contenta de faire une cloison de brique dans l’une des classes et il y eut ainsi le cours préparatoire, le cours élémentaire et le cours moyen, chaque cours se scindant en 2 divisions et on faisait un an dans chacune. La scolarité n’était pas alors obligatoire, ou, si elle l’était, ce n’était que sur le papier, aussi, beaucoup d’enfants quittaient-ils l’école après y avoir été un an, deux ou trois ans. De ce fait, l’effectif des cours s’amenuisait et si le cours préparatoire avait près de 100 élèves, Il n’y en avait plus que 60 en cours élémentaire et 30 ou 35 en cours moyen. M. Pérès prit ce dernier, M. Cazuguel, le cours élémentaire et le premier nommé comme deuxième adjoint fut M. Birou, fils d’un instituteur de Leuhan. » (JN-Souvenirs des Montagnes Noires 1905-1914)

 garçons 1935

MES SOUVENIRS D’ÉCOLE – Catherine PAUGAM,  Tregourez, propos recueillis en 2008.

 » A la déclaration de la guerre, France Allemagne, j’avais 11 ans. Avec ma sœur cadette de 4 ans nous habitions une petite maison au sol en terre battue, une maison nichée en pleine nature. Pour joindre la route vicinale empierrée il fallait parcourir 500 m dans un chemin de terre où on ne distinguait que les marques des roues des charrettes. Le chemin était praticable en été parce que sec. Mais en hiver la boue et les flaques d’eau rendaient la marche difficile, surtout que nous portions de lourds sabots de bois. Ces sabots étaient fabriqués par le sabotier à Pen-ar-Pont à nos mesures, à partir d’un bloc de bois. A la finition il y avait de jolis sabots décorés d’une fleur que le sabotier peignait en noir ou rouge, selon le désir de la personne. Pour ne pas que nous glissions, papa tapissait de clous le dessous des sabots et pour plus de confort et de chaleur, il déposait du foin à l’intérieur.   

A cette époque l’électricité n’était pas encore parvenue dans nos campagnes profondes ; éloignés de tout, nous nous éclairions à la lampe à pétrole. Maman faisait cuire les aliments sur des trépieds. Le soir, en hiver, nous apprenions nos leçons à la lueur de la flamme et de la petite « lampe Pigeon », celle que maman déposait sur la table pour les repas. Elle avait un pied ouvragé et le réservoir à pétrole de forme ronde était en verre bleu.
Le bourg était distant d’environ 3,5 km. Si nous voulions arriver à l’heure à l’école, il ne fallait pas flâner en cours de route. C’est pourtant ce que nous faisions de temps en temps, pour attendre les filles de Kerscao qui étaient rarement prêtes. Ensuite il fallait courir, qu’il pleuve ou qu’il vente. Mal protégées des intempéries, nous n’avions pas d’imperméable, nous arrivions trempées à l’école. Le pull, le bonnet « la cravate », tout était mouillé. La maîtresse faisait de son mieux et les mettait à sécher autour de la grille de protection du poêle à bois. Nous avions hâte que le jeudi arrive. Mais à la maison, outre nos leçons et nos devoirs
d’école, il fallait aider les parents, pour ramasser des pommes, donner à manger aux lapins, jeter le grain aux poules. Elles accouraient en entendant le traditionnel « PITT PITT ».

filles 1938

Nous avions 2 mois de vacances. Pendant ce temps nous allions dans les fermes « tirer  » des petits pois et des haricots verts munies d’un panier ou d’un seau. A la fin de la journée, le fermier faisait peser notre récolte et nous payait. L’argent servait pour les fournitures d’école ou pour acheter « un sarreau » neuf pour la rentrée. »

L’ecole, Anna Brefort Tregourez Terres d’embruns- Les Ainés ruraux 2005

 Les filles n’avaient pas besoin de savoir lire et écrire. Le vote aussi leur était interdit. Pendant longtemps, seuls les garçons avaient le droit d’aller à l’école. Ensuite, l’école est devenue obligatoire pour tous. Si les parents habitaient à la campagne, les enfants avaient déjà un âge avancé avant de prendre le chemin de l’école ; seuls les enfants du bourg y accédaient bien plus tôt.

Le breton était la langue maternelle de tous ces petits. Les maîtresses et maîtres d’école avaient bien du mal à leur apprendre le français et les petits à comprendre ce nouveau langage. Après avoir passé une bonne nuit dans le lit clos sur la couette en balle d’avoine, le lever se faisait très tôt pour faire un brin de toilette sur le bout du nez et se caler l’estomac par un café au lait et du pain trempé dedans (la soupe au café) et au pain-beurre, le gros pain pétri à la maison et cuit au four du boulanger.

Les écoliers faisaient quatre ou cinq kilomètres à pied, par tous les temps, par des chemins creux et boueux, nuit le matin, nuit le soir. Ils allaient à l’école par bandes: les filles ensemble, les garçons ensemble de leur côté. Il y avait souvent des bagarres entre garçons et filles. . . Les jours de pluie, pas de manteau imperméable. Pour se protéger, on avait un parapluie et quand il y avait du grand vent, le pauvre pépin se retournait et les baleines se cassaient! Ils étaient réparés par une grand-mère qui habitait une maisonnette sur le chemin de l’école. La grand-mère ne manquait jamais de faire la remarque que c’est en tapant sur le dos des garçons que les filles avaient endommagé le pépin !

Anna brefort

Pour tenir chaud en hiver, la laine de mouton habillait l’écolier des pieds à la tête: pulls, vestes, chaussons, chaussettes tricotées par la maman ou la grand-mère. C’était le lot de tous, donc on était heureux comme cela. Ceux qui n’habitaient pas trop loin de l’école revenaient chez eux le midi, les autres mangeaient une soupe de pain trempé dans une maison du bourg, où l’on avait déposé le pain le matin. Un mangeait un pain au beurre ou à la graisse salée en jouant dans les rues du bourg. Si le maître ou la maîtresse ne surveillait pas, on allait dans la classe faire griller le pain à la graisse salée sur le vieux poêle à bois, et c’était délicieux !

Dans les familles plus aisées, les enfants allaient en pension chez les frères ou les sœurs dans les écoles libres des communes voisines (chez nous, il n’y avait que l’école publique) ou mieux dans de grandes écoles comme le Likès à Quimper. Mon grand-père et son frère ont été scolarisés à Pont-Croix, chez les frères. Ceci ne leur a pas donné pour autant la vocation de prêtre, mais, comme tous leurs aïeux, ils se sont faits cultivateurs. Le grand-père avait déjà avant 1900 son livre de comptes qu’il gardait à jour, d’une écriture avec pleins et déliés et bouclés de toute beauté.

ecole 1948



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