Souvenirs de tregourezois.

Les vieux de ce temps (1900) n’avaient dû connaître tellement de restrictions, qu’ils vivaient chichement. Ainsi le matin ils ne mangeaient qu’une écuellée de soupe au lard, pas de pain, ni de café, inconnus alors. Le midi, c était tous les jours, sauf le vendredi, la bouillie d’avoine, avec une écuellée de cidre; le vendredi, en général, c’était la galette, dont sur une seule par personne on mettait du beurre. Il n’était donné du lard salé, qu’une fois par jour, le soir et encore dans beaucoup de fermes c’était la patronne qui coupait un morceau à chacun. Il n’y avait guère de moyens de transports, à tel point que les disettes, pour ne pas dire famines étaient fréquentes (Mémoires Coroller 1950)

 avoine

La mort

La mort ne s’annonce pas toujours, elle arrive parfois sans crier gare ! Comme le disent les prêtres, il faut être sur ses gardes et être prêt à franchir le pas. Certaines personnes sentaient la mort venir dans leur famille ou dans leur quartier. Mon père est décédé en 1955 et une voisine nous a raconté qu’elle se doutait qu’il-y aurait eu un décès dans le coin car un matin elle avait entendu passer sur la route le char funèbre précédé du tintement de la petite cloche. Cette personne avait souvent des intuitions, elle ne les comprenait pas trop, mais quand la chose arrivait, elle avait l’impression du déjà-vu. Il y a tout de même des signes qui annoncent la mort et plus autrefois où il n’y avait pas de docteur pour vous soigner.

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Alors lorsqu’on la sentait approcher, les proches allaient à pied chercher un prêtre qui venait accompagné du sacristain et d’un enfant de chœur confesser le ou la malade, s’il était encore un peu lucide – il ne fallait pas aller devant saint Pierre avec sur la conscience un « sac de pêchés ›› : ne hierch  ket d’an nenvou gant a sac’had pebejou. La confession terminée, le mourant recevait l’extrême onction et la dernière communion (ceci jusqu’en 1965) en présence de la famille proche et des voisins. Étant en paix pour monter au ciel, le malade partait tranquille ou avec de grandes souffrances. La mort ayant fait son œuvre, une des personnes présentes lui fermait les yeux et on se pressait de faire appel à un voisin ou une voisine pour faire la toilette et habiller le défunt de ses plus beaux atours: costume paysan et coiffe pour les dames, costume breton et le gilet brodé pour les hommes.

Pendant ce temps, les femmes préparaient une chapelle ardente. Des draps blancs étaient suspendus dans une chambre ou dans un coin de la maison selon la place et les moyens. Puis, on couchait le défunt sur un lit habillé de blanc dans cette chapelle toute blanche, les jambes bien allongées, les bras reposant sur le corps avec un chapelet entre les doigts. Puis, à côté du lit, une petite table sur laquelle étaient disposés un crucifix, une bougie, une branche de buis dans une assiette blanche contenant de l’eau bénite que toutes les familles gardaient en réserve pour ces circonstances. Quelques voisins étaient désignés pour aller annoncer le décès dans la famille: frères, sœurs, tantes, oncles et au fur et à mesure que la triste nouvelle était connue commençait la visite au mort et un peu de réconfort à la famille.Chacun récitait une ou deux prières, puis bénissait le corps avec la branche de buis imbibée d’eau bénite, faisait le signe de la croix, serrait les mains de la famille qui veillait parfois nuit et jour en tenue de deuil. Puis les hommes sortaient le chapeau à la main. On ne se présentait pas devant un mort, chapeauté, les femmes par contre cachaient leurs cheveux par un châle ou un bonnet.

Mémé Brefort

Une femme ne rentrait jamais dans une église sans chapeau ou coiffe. Je me souviens qu’en 1955 nous sommes allées, ma cousine et moi, à une messe de mariage sans chapeau, le vicaire s’est déplacé pour nous intimer de sortir: « Quel affront ! ››.

Revenons à notre défunt. Le soir, il y avait toujours une veillée funèbre, parfois deux quand l’enterrement ne se faisait pas le lendemain, chacun venait le soir qui l’arrangeait le mieux. Beaucoup de monde venait à ces veillées de loin, toujours à pied, ce n’est que plus tard après la guerre de 1939-1945 que les voitures ont fait leur apparition. Après la veillée, il y avait toujours un petit quelque chose à boire et à manger. Je me souviens que pour mes grands-parents c’est un aveugle de la commune voisine en blouse bleue de vieux paysan breton qu’on allait chercher et raccompagner chez lui à pied. La nuit, une lampe tempête éclairait un peu la route petite et boueuse en hiver ou des sentiers à travers champs – les sentiers étaient plus praticables et plus nombreux que les routes. Quand l’aveugle arrivait, il y avait déjà une foule qui attendait, souvent dehors, les maisons étant souvent occupées par la famille. Il se mettait à genoux sur une chaise qui lui était réservée au pied du lit mortuaire et récitait des dizaines et des dizaines de chapelet que toute l’assemblée reprenait en chœur, entre tous les Pater et les Ave Maria, il faisait l’éloge du défunt ou avec malice citait ses faiblesses. Beaucoup de monde venait à ces veillées, je l’ai déjà dit plus haut, et faisait mettre des services et messes pour l’âme du défunt, pour qu’il repose en paix. Venait le jour de l’enterrement, le menuisier du coin arrivait en charrette avec le cercueil qu’on lui avait demandé de confectionner à la taille du mort. Une ou deux prières avant la mise en bière qui était faite par le menuisier aidé d’un voisin. Une dernière bénédiction et l’on fermait le couvercle sur lequel on déposait une croix noire, la croix de deuil, et une couronne perlée, achetée à la quincaillerie du bourg (il y en avait toujours en réserve).

Après la mise en bière, il ne fallait pas oublier la rincette de lambic pour le menuisier et son aide pour les faire revenir de leurs émotions. Puis le cercueil était hissé dans la charrette ou le char à bancs, on le recouvrait d’une couverture. Le cheval attelé à la charrette était conduit par un voisin. Un autre voisin marchait devant l’attelage et faisait tinter une clochette à intervalle régulier pour annoncer le passage du char funèbre et du cortège qui suivait, se composant de la famille proche en grand deuil, sous une cape noire une ou deux femmes, les enfants aussi tout en noir habillés. Les hommes de la famille portaient un signe noir attaché sur leur veste, puis les amis et les voisins. Au loin, on entendait sonner le glas.

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Arrivés à pied du cimetière, qui en ces temps-là entourait l’église, les quatre porteurs de corps, désignés par la famille, toujours amis ou voisins, mettaient le cercueil sur deux brancards. Ils le portaient jusqu’au porche de l’église où le prêtre le recevait, ensuite ils allaient jusqu’en haut de l’église et le posaient sur le catafalque. Sur le tout, le sacristain déployait le drap mortuaire plus ou moins, beau suivant que la personne était riche ou pauvre. Si le drap mortuaire était en velours noir brodé, c’était un enterrement pour la première classe; par contre, un simple drap en coton noir, c’était un enterrement pour la deuxième et troisième classe, comme le disait souvent ma mère: « Les riches ont des honneurs et les pauvres n’en ont pas ››…

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La croix d’or était pour les riches, la croix en argent pour les pauvres. Le prêtre n’était pas habillé de la même façon pour un enterrement de première classe que pour une cérémonie de deuxième ou troisième classe. Les ornements sacerdotaux aussi étaient plus ou moins beaux suivant la classe. Les indigents, les excommuniés, les morts nés et la personne qui ne pouvait pas payer n’avaient pas de cérémonie à l’église, ils allaient directement au cimetière et étaient enterrés dans un lieu réservé à cette catégorie de défunts (fosse commune).

cimetière

Après la messe d’enterrement et la bénédiction du corps par le prêtre, tous les assistants se rendaient au cimetière derrière le prêtre et les enfants de chœur, les porteurs de croix et le cercueil, une dernière prière et chacun passaient bénir le cercueil pour un dernier adieu. Les cantonniers étaient prêts à le mettre en terre. Un café était proposé à la famille soit dans un café du bourg ou plus souvent dans la maison du défunt. Petit à petit, après les années soixante, tout cela a changé. Les malades meurent à l’hôpital, le corps reste au funérarium. Pour ceux qui meurent en maison de retraite, c’est la même chose. Ce sont les pompes funèbres qui les transportent jusqu’à l’église et, après la cérémonie, souvent sans messe, jusqu’au cimetière. Ce cortège est simplement suivi par la famille et quelques amis. Le prêtre ne va plus au cimetière. La bénédiction du corps se fait à l’église où la cérémonie est la même pour tous. Plus de première, de deuxième ou de troisième classe. La famille et les amis sont toujours invités à prendre un café dans un restaurant du bourg. La famille ne porte plus des vêtements de deuil. Par contre, les services et messes ont énormément diminué, remplacés par de plus en plus de fleurs. Mais je pense que la douleur des familles est restée la même.(Anna Brefort – Les Aînés ruraux racontent 2005) 

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