La chouanerie à Tregourez

La révolte des paysans de Base Bretagne qui sera dite des bonnets rouges,éclate en juin 1675.

La Révolte des Bonnets Rouges (révolte du papier timbre à la suite des impôts nouveaux décidés par Louis XIV en 1675)  qui souleva les paysans de Basse Bretagne fut particulièrement violente. Après les grandes villes, la Révolte du Papier timbré contre la fiscalité royale a gagné la Bretagne intérieure. Elle touche cette fois la population rurale davantage marquée par les abus de la fiscalité seigneuriale contre les paysans, d’où le nom de Révolte des Bonnets rouges. Le 9 juin 1675 au matin, le marquis de la Coste, déjà surnommé « le grand gabelleur » est venu spécialement de Guingamp se rend à Châteaulin.  On le soupçonne de vouloir établir la gabelle détestée encore inconnue en Bretagne. En fait, il vient surtout pour rétablir l’ordre comme il l’a déjà fait à Guingamp, mais la rencontre avec la foule excitée est très houleuse. On ne le croit pas. Un sergent, le principal meneur, l’insulte grossièrement et le menace. Le marquis de  la Coste lui répond en tirant son épée et il l’étend raide mort. Les émeutiers ripostent en tirant des coups de fusil. Le marquis blessé réussit à s’enfuir. Mais on doit l’emporter d’urgence à Brest avec sa promesse de tout faire pour la révocation les édits.Ce lieutenant du roi pour la Basse Bretagne doit s’assurer du maintien de l’ordre et de l’exécution des nouveaux édits sur le tabac et le papier timbré qui servait à rédiger les actes notariés. Quelques jours plus tôt, un huissier avait été molesté dans cette même ville, alors qu’il lisait les textes des édits. Un incident révélateur de la tension qui était alors perceptible dans les campagnes bas-bretonnes. Dans ce contexte, la venue du marquis de  la Coste est perçue comme une provocation. Dans trente paroisses autour de Châteaulin, le tocsin retentit et des bandes de paysans en armes s’assemblent.

  La Basse Bretagne  s’était jusqu’alors tenue à l’écart des troubles mais elle n’allait pas tardé à s’enflammer. La révolte allait y prendre  une ampleur et une violence autrement considérable. A Châteaulin  la colère grondait. Derrière elle le marquis de la Coste : « le Grand Gabelleur « . Le 9 juin 1675  le tocsin sonne et une troupe de paysans se rassemble à Briec.

Commencée dans la confusion la plus totale, cette insurrection n’allait pas tarder à se trouver un chef : Sébastien Le Balp notaire à Kergloff. Les Sud Cornouaillais furent dotés d’un bonnet bleu en signe du ralliement et les gars du Poher  se coiffèrent d’un bonnet rouge. Sébastien Le Balp fut le très éphémère chef de guerre des Bonnets rouges, révolte paysanne  qui ne dura guère plus de trois mois, à l’été 1675. Elle s’éteignit avec l’assassinat de Le Balp près de Carhaix, non loin de l’endroit où il vit le jour.

papier timbré

« L’une d’elles rencontre le cortège du marquis. Les esprits s’échauffent et De la Coste blesse d’un coup d’épée un des paysans qui tenait des propos insolents. Les agents de l’administration sont aussitôt pris à parti. Blessé d’une balle à l’épaule, le marquis de  la Coste ne doit son salut qu’en promettant l’annulation des édits. Une troupe rassemblée à Briec reçoit une fausse information selon laquelle le marquis de la Coste se trouve au château de la Boissière à Edern. Des dizaines de paysans des paroisses de Landudal, Tregourez et Plogonnec se rendent au château qu’ils pillent et brûlent en partie. Les manoirs pillés, incendiés… beaucoup ne seront pas reconstruits… Les représailles furent terribles : pendaisons, condamnations à la déportation, fortes amendes. Le code paysan ou code « pesovat » (ar pezh ‘zo vat, ce qui est bon, en breton) est une des originalités de cette révolte. Véritable programme politique, les insurgés y exposent leurs revendications. Ils demandent l’abolition de droits et taxes féodales et une justice équitable. Or, le meneur le plus célèbre des Bonnets rouges, Sébastien Le Balp, a eu une formation de juriste. Né en 1639, à Poullaouen, il fut remarqué très tôt par le marquis du Tymeur qui l’envoya faire du droit à Nantes. Revenu dans le Poher, Le Balp s’installe comme notaire royal à Kergloff. Accusé de malversations, il est jeté en prison de 1673 à 1675. Il est relâché faute de preuve, à la veille de l’insurrection. » (E.C)

Le Balp

« La reprise en main est aussi idéologique avec les missionnaires du père Maunoir, envoyés ré-évangéliser les campagnes rebelles. Quant au corps de Sébastien Le Balp, il est exhumé. On fait un procès à son cadavre qui est ensuite traîné sur une claie, rompu et exposé sur une roue. Après avoir soufflé le temps de l’été 1675, la révolte des Bonnets rouges s’éteint tragiquement dans une longue répression. » (EC)

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A vrai dire, rien ne disposait le Finistère pour la chouannerie. La question politique, la revendication des libertés bretonnes, le contrat de la duchesse Anne et ses clauses n’intéressaient qu’une partie de la noblesse, le haut clergé et, surtout, la grande bourgeoisie parlementaire. La campagne – le « plat pays » – vit satisfait de son destin borné, à part que le paysan récrimine contre le domaine congéable, comme le pêcheur contre le prix  de la rogue, les vicaires contre la portion congrue. (Un lieutenant de Cadoudal-Montergon 1962)

L‘obligation de fournir des soldats à l’armée dans le cadre de la levée de 300 000 hommes exaspère la population et provoque l’insurrection en 1793. La chouannerie qui en est postérieure prit alors la forme d’une  guerre civile qui opposa républicains  et royalistes dans l’Ouest de la France, alors que la Vendée déployait une véritable armée. Les paysans placèrent des nobles à leur tête, parfois en les contraignant.

Des cultivateurs furent dépouillés par ces bandes.

« Ils se laissaient piller sans nommer leurs voleurs dans la crainte d’être assassinés ».

Les Chouans Morbihannais rassemblés près du Faouët traversèrent le 18 juin 1795 la Cornouaille pour aller s’emparer de 6 à 7 milliers de poudre à Pont de Buis.

Chouans iti

Je me rappelle avoir entendu mon père me raconter qu’un jour (c’était pendant la Révolution), les Chouans étaient venus là pour enquêter et piller; ceux-ci avertis bouillirent une grande quantité d’eau dans le grenier et, quand les Chouans s’approchèrent de la maison ils lancèrent dessus le liquide bouillant; malgré l’assaut qu’il lui donnèrent, même à l’aide de brancards de charrette pour enfoncer la porte, ils durent battre en retraite devant ce moyen de défense, ceux de Kergaréon n’eurent ainsi aucun mal. Je garde une baïonnette de chouans restée après eux dans cette journée mémorable. (René Coroller Mémoires 1950)

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Ce jour 29 Prairial an III (17 Juin 1795), vers les 3 heures de l’après-midi, le citoyen Kerincuff, invité à passer à l’administration pour communiquer les renseignements qu’il devait avoir reçus concernant l’apparition des chouans à Briec et l’assassinat qui y a été commis, a dit que, le matin de ce jour, il lui était venu deux cultivateurs,un de Tregourez, l’autre de Briec; qu’il en tenait, qu’étant hier au dit Tregourez, il y arriva environ cent hommes qui fouillèrent toutes les maisons pour avoir des armes;que partis dans l’intention de s’approcher de Quimper, ils se trouvèrent au milieu d’une troupe d’hommes armés, d’environ 800 ; qu’on leur ôta aussitôt leurs cocardes et qu’ils entendirent des autres dire :  puisqu’ils sont du côté de Briec, ils nous serviront de guides , que ces deux derniers leur parurent de Leuhan, mais que tous les autres étaient habillés à la mode de Vannes, et qu’ils parlaient très ·mauvais breton, tous d’ailleurs à pieds, à l’exception d’un seul qui semblait le commandant et qui était à cheval ; que chemin faisant cette troupe fut rejointe par une autre venant du côté de Coray et composée de cent hommes portant des fusils de munitions; que dans le temps de cette réunion il avançait. un pareil détachement, du côté d’Édern ; qu’ayant été renvoyés par cette troupe avant d’arriver à Briec, ils ignoraient ce qu’elle y avait fait ; qu’ils croient seulement entendre qu’ils avaient assassiné le Curé de cette commune et ensuite pris la route de Châteaulin. (La chouannerie – Abbé Peyron)

Kersalaun

Ils passèrent par Roudouallec, s’arrêtèrent au Manoir de Kersalaun, et arrivèrent à Tregourez au début de l’après-midi au nombre de 800, commandés par Lantivy et Kersa­laün. Ils s’arrêtent sur la place de l’église et fouillent toutes les maisons pour trouver des armes.

« Ce jour 29 prairial an III, le citoyen Kerincuff a dit que le matin de ce jour (…) il arriva — à Tregourez — environ cent hommes qui fouillèrent toutes les maisons pour avoir des armes… »

Ils furent rejoint par trois autres bandes de 100 hommes chacune ; L’une venant de Trevarez en Laz, l’autre de Coray et la troisième d’Edern. De Tregourez ils se rendirent à Edern (y assassinèrent l’instituteur Le Prédour), à Briec (ou le curé Goraguer eu le même sort, puis par Pont Coblant, arrivèrent le soir à Saint Ségal. Après avoir fait leur coup à Pont de Buis, ils regagnèrent leurs bases morbihannaises en passant par Plovenez du Faou, Landeleau, Pont Trifen, Saint Hernin.

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Au printemps 1796, le Conseil du Morbihan  charge  De Bar,

« de rallier des mécontents du côté de Carhaix et d’étendre l’insurrection dans le Finistère, des racoleurs parcoururent les campagnes de Langolen, Coray, Tregourez, Leuhan, Laz, prenant le nom des déserteurs, des conscrits et même des hommes mariés, et les avertissant, avec des menaces, de se tenir prêts quand on viendrait les réunir ».

Tregourez est une plaque tournante de la chouanerie. Et dans les environs de la chapelle de Ponthouar, les chouans sont les rois. 

« A un kilomètre se trouvait en effet le manoir de la Motte, aux mains d’une famille de notaires : les Bourriquen. Alain Bourriquen, aidé de ses frères Louis et Jean-Marie, était le chefs des chouans des Montagnes Noires. Leur sœur avait épousé Jean-Baptiste Daniel de Leignanroux, déserteur de la 10 e compagnie d’artillerie de Brest affectée à Argenton dans le pays du Léon, où il était canonnier. Leignanroux s’est retranché à Tregourez. Il faisait partie de la bande de chouans qui sous les ordres de Le Cat allait assassiner l’évêque Audrein.  Le village de Ponthouar servait de point de ralliement. » (G Peron-Kaier ar Poher n° 43)

« 14 pluviôse an VII (2 février 1799) Alain Bouriquen de Tregourez au lieu La Motte doit avoir été capitaine des chouans et les soutenir encore. Il ne serait pas étonnant qu’il fut instruit de tous les vols commis et que lui-même donna des renseignements sur les époques ou l’on perçoit les contributions « .

Le chef des Chouans de Cornouaille était un certain Ducap qui opérait dans la région de Briec en 1795. Il se cacha à Tregourez et fut arrêté à Kerhuel en Laz et exécuté avec ses Compagnons. A la suite de l’échec de cette opération, les chouans voit leurs effectifs régresser. Des procès verbaux de l’époque font état de rassemblement de chouans, liés à une réunion nocturne prévue à Tregourez dans la nuit du 29 ventôse an IV (19 mars 1796).

Embuscade_de_Chouans

« La même nuit, Jean-Ponnabat Morvan, qui se cache, par crainte des chouans, était sur un fossé lorsqu’il vit aux entours du Kersperien une troupe de monde qui parcourait les villages chercher les déserteurs. Parmi cette troupe de 30 ou 40, cinq ou six étaient armés, les autres . avaient des bâtons; il présumait que c’étaient les jeunes gens de Guelven et Trégourez. »Samedi soir 29, la réunion doit s’être faite à Tregourez ; ceux de Briec n’ayant pas bien compris l’avertissement se rendirent à Coray au lieu d’aller à Tregourez. Le domestique de Le Gars, de Rupelleter retournant, le dimanche, bien fatigué, avoua chez l’aubergiste marchand de cidre Yves Stéphan, de Penvernic, en Landudal, qu’il était bien fatigué, qu’il n’avait pas pu rencontrer les autres. Le 4 Germinal, Lamothe Bouriquen, fils, de Tregourez a été jusqu’au bourg d’Edern, il y a 8 jours, pour tâcher de réunir les fuyards. »

« Le Pétillon, de Kerstrat, en Tregourez, prévient son frère du Léti en Langolen » . Le 4 Germinal, Lamothe Bouriquen, fils, de Trégourez, a été jusqu’au bourg d’Edern, il y a 8 jours, pour tâcher de réunir les fuyards. (Info Bretagne)

Un mois plus tard, Brehier, commissaire, déclare que à Tregourez l’agitation chouanne n’a plus cours ;

« On a également tenté de séduire cette petite commune mais, les efforts des malveillants ont été impuissants et, les petits attroupements qui ont eu lieu ont bientôt été dissipés. Tous respirent la paix, l’ordre et la tranquillité ; tout est soumis aux lois du gouvernement ».

BrehierSignatureExpert

Les exactions se sont poursuivies sur tout le parcours des chouans. Au manoir de Coat Goën, sur Langolen à la limite de Tregourez subsistait un four à pain, chaque ferme en possédait un. Extérieurement ce four présente une excroissance en demi cercle au pignon d’un bâtiment appelé « ar c’harrdi forn ». C’est ici que fut autopsié le corps de Marie Littré tuée par les chouans qui l’accusèrent de les avoir « donnés ».

Manoir de Coat Goën

Le 6 décembre  1800, , La Grandeur est à Edern pour réquisitionner des chevaux destinés à transporter des armes. Jean Philippe, cultivateur à Kerninon (Edern), dit aux autorités qu’une dizaine de chouans.

« exigèrent  de lui un cheval sur lequel ils chargèrent une dizaine de fusils qu’il transporta chez un aubergiste, Larvor, demeurant au pont-Huar, dans Tregourez ». (G.Peron – Kaier ar Poher n° 43)

La Chouannerie dont les péripéties sont sous l’impulsion de Antoine d’Amphernet, vicomte de Pont Bellanger, mari de Louise du Bot du Grégo, propriétaire de Trevarez  a connu moult  péripéties dans notre campagne. Il mourut de façon mystérieuse vers 1796. Les premiers affrontements éclatèrent en 1972 ont évolué en jacquerie paysanne, puis en guérilla et enfin en batailles rangées avant de se terminer par la victoire des Républicains en 1800.

Antoine-Henry_d'Amphernet_de_Pontbellanger-horz

 Le 19 novembre 1800, l’évêque constitutionnel de Quimper Mr Audrein est assassiné. Arrêté par les chouans dans la diligence qui le conduisait à Morlaix, il fut interrogé, et ayant reconnu avoir voté la mort du roi, il fut immédiatement fusillé.  Un détachement de « bleus » part sur les traces de l’assassin et stationne à Tregourez le 15 février 1801.

Assassinat Audrein

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