Petites histoires à Trégourez.

Histoires de loups

Un loup secourable

Dans les marais du Yeun Merdy, entre Laz et Trégourez, par une nuit de brouillard, un paysan qui s’apellait Yann Guernastang, s’était égaré dans une « vinogen » (chemin de traverse dans les champs). Il sentit qu’il s’enfonçait dans le sol mouvant du marais. Il appelle au secours tout en récitant des dizaines d’Ave Maria. Un loup passa alors à côté de lui, et s’approcha. L’homme lui saisit la queue en poussant un grand cri. Effrayé le loup bondit et le sortit du marais. Sur quoi le paysan dit : « Gwelloc’h un taol fardelat awid kan Ave Maria » (Un bon coup de rein vaut mieux que 36 Ave Maria) Raconté par M. Le Floc’h de Trégourez dans les années 70 à la veillée.

En voici une autre version confiée par G. Cosquer en 2007.

Le sortilège du Yun Merdy

Quelques années avant la Grande Guerre, Jean Daoudal se rendit dans un manoir en la commune de Laz en vue d’y acquérir une jument. On débattit devant l’équidé, on débattit devant la bouteille de lambig, mais l’affaire n’aboutit point. La nuit tombait vite en de mois de novembre et Jean dut rentrer à pieds à la maison, faute de monture. Son domicile n’étant distant que d’une lieu à peine, il crut opportun de couper par les marais du Yun Merdy. Mal lui en prit. L’esprit obscurci, comme le ciel par les libations répétées, il s’enlisa dans un trou boueux et profond. Couverts par le bruit du vent  et confondus avec le beuglement de bétails épars, ses appels désespérés à l’aide demeurèrent sans effet. Si pourtant. Ils attirèrent un de ces vieux loups affamé qui sévissaient encore dans les Montagnes noires à l’époque. Tout d’abord affolé, puis priant sans succès le Seigneur, il brandit son chapelet, qu’il ne quittait jamais, à la face du loup. Lequel fit volte face. Maître Jean le saisit alors par la queue et vint à lui passer prestement au cou le licol destiné à la jument. Surprise et mécontente, peut-être affolée, la bête tira dur la corde, de plus en plus fort, pour se sauver. Et Jean Daoudal qui s’était accroché, fut ainsi extirpé de son trou d’enfer et regagna sain et sauf la terre ferme, oubliant sous l’émotion de remercier Dieu. Depuis lors, plus personne n’emprunte les soirs d’hiver le chemin des marais de Yun Merdy d’où s’élevait encore parfois, dans le vent, à traver le yeun*, le hurlement assourdi de quelque loup affamé.

*En breton, l’on dénomme yeun une zone marécageuse. En variante yun (comme Merdy)

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  » Le  17 novembre 1874, il y eu une grande battue de loups qui ravageaient les troupeaux des Montagnes Noires. Bien caché dans les bois de Laz, ces loups respectaient les environs pour ne pas dévoiler où se trouvaient leurs portées. Ils s’en allaient plus loin. (Coray, Tregourez, Langolen) Mais les jeunes loups inexpérimentés s’attaquèrent aux animaux du quartier, et M. Douglas du château du Plessis découvrit leur charnier à Coat Borc’h (bois se trouvant à la limite des communes de  Laz et de Tregourez. Ce bois fut cerné par 58 fusils et attaqué par des chiens, tandis qu’une quarantaine d’enfants simulaient des aboiements. Quatre loups furent tués, un cinquième grièvement touché et la bande fut dispersée. Le vieux loup fut aperçu errant entre Langolen et Coray. Chacun des loups tués pesait de 30 à 32 kg ».( Archives départementales)

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Une description des loups par le Chanoine Moreau (XVIe)

Les loups furent le quatrième fléau qui désola la basse Cornouaille après les brigands, après la famine, après la peste. On ne saurait dire tous les maux qu’ils y causèrent. « On les estimeroit des fables, et non des vérités. S’estant habitués à vivre de chair et de sang humain par l’abondance : des cadavres que leur servit d’abord la guerre, ils trouvèrent cette curée si appétissante que dès lors et dans la suite, jusqu’à sept et huit ans, ils attaquèrent les hommes estant même armés et personne n’osoit plus aller seul. Quant aux femmes et enfants, il les faillait bien enfermer dans les maisons ; car si quelqu’un ouvroit la porte, il estoit le plus souvent happé jusque sur le seuil. Et s’est trouvé plusieurs femmes au sortir, tout près de leur demeure, pour lâcher de l’eau, avoir eu la gorge coupée sans pouvoir crier à leurs maris, à trois pas d’elles, en plein jour !… La paix faite, les portes des villes demeurant ouvertes, les loups s’y promenoient toutes les nuits jusqu’au matin…Ils avaient cette finesse de prendre toujours à la gorge, si faire se pouvoit, pour empêcher leurs victimes de crier. :. Dès le commencement de leurs furieux ravages, ils ne laissèrent dans les villages aucun chien, comme si par leur instinct naturel ils eussent projeté qu’ayant tué les gardes, qui sont les chiens, ils auroient bon marché des choses gardées. » Ces finesses des loups les faisaient prendre par les Bretons pour des soldats trépassés qui ressuscitaient pour affliger les vivants, surtout des soldats de Fontenelle. Aussi le peuple les appelait-il tut-bleiz, c’est-à-dire gens-loups. Chanoine MOREAU

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Il n’y a pas si longtemps les loups faisaient des ravages dans les troupeaux de Tregourez et sa région, à tel point que les habitants étaient contraints de rester la nuit surveiller le bétail dans les champs. Les gens dressaient des pièges et tuaient les loups en leur enfonçant une fourche dans le cou.

Voici un couplet d’une chanson du pays se rapportant à la capture des loups. (XIXe)

Aï taïc taïc !                                                            Aï taïc taïc !

Ar bleiz ‘barz ar c’hoat                                          Le loup (est) dans le bois

Eur minouaoued ene droed                                      Une vrille dans sa patte

Ar forc’ch houarn’barz e c’houg                             La fourche de fer dans son cou

Barz e gorf bras’ma androug.                                  Dans son grand corps est le mal.

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Nains facétieux

A Tregourez, un homme revenait du village lorsqu’il fut arrêté par des nains. Ils se saisirent de lui et lui dirent :

 » Si tu ne nous portes pas à manger matin et soir, tu perdras toutes les bêtes que tu possèdes . »

Apeuré, l’homme porta régulièrement de la nourriture-à ces lutins. Pourtant, un jour, il omit de le faire. Tout son troupeau disparut et il ne le revit que lorsqu’il reprit son transport de nourriture.

Depuis cette mésaventure, les paysans de Tregourez font bien attention lorsqu’ils reviennent du village. Recueilli par Albert CORLER, Marie Pierre LE FUR 

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Au lieu-dit LA MOTTE en Tregourez, il y avait un manoir . Des galeries hautes, d’un mètre le reliaient à la ferme de Guernovez et de Keruel. Dans ces galeries vivaient des nains M. Michel HERRY signale qu’un jour, alors qu’il labourait le champ  » an ter bed », la terre s’était affaissée : son cheval était tombé dans une de ces galeries. D’après la tradition, les habitants de La Motte, Guernevez et Keruel devaient déposer  des bolées de soupe, chaque soir, pour ces nains. Le lendemain, tout avait disparu. Lors de l’extraction de sable à « Toul sable », on a découvert du charbon de bois au fond de ces galeries. Les nains ont-ils donc vraiment existé ? Recueilli par Patricia HERRY.

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Autrefois, à Kozker Vihan, en Trégourez, demeuraient des nains, environ une vingtaine.  Un jour, un brave homme du village partit prendre du pain au bourg. En rentrant, il rencontra les nains qui le forcèrent à danser. Il dansa tant qu’il mourut la nuit même. Recueilli par Marie Pierre LE FUR.

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