Histoires de religion.

Des moines, disciples de saint Guénolé, s’installent sur cette terre, où ils fondent des sanctuaires dédiés à saint Idunet et à saint Guézennec.

Créée vers le XIe siècle, la paroisse de Trégourez englobe alors les villages de Guelvain et de Lannarnec. La plupart des terres de Trégourez dépendent de la baronnie de Laz, rattachée ensuite au marquisat de La Roche-Helgomarc’h. La justice seigneuriale est rendue au bourg de Laz et alternativement à Briec. Seuls quelques habitants relèvent de la seigneurie de Quistinic, à Briec. Dominés par la seigneurie de Laz, les seigneurs des manoirs de Trégourez ne sont guère influents, leur niveau de vie s’apparente à celui de fermiers. Au XVIIe siècle, les trégourézois sont encore tenus d’aller à l’église de Coray le jour de la Saint-Pierre, ce qui prouve l’ancienneté des lieux qui unissent les deux paroisses.

Idunet

Quel personnage que le recteur ! Aoutrou Person – C’est très souvent un enfant du pays, fils de laboureur, voire de nobliau. En vertu des ordonnances de 1686 et de 1690, tout prêtre reçoit une portion congrue prélevée sur le montant des décimes fixées par ans à trois cent livres pour le recteur et à 150 livres pour le vicaire, ceci est une sorte de salaire. Il lui revient de tirer partie des revenus tel que l’argent des oblations, des troncs, des quêtes du cérémonial mortuaire. En 1672 Les comptes de la fabrique sont présentés à l’évêque de passage à Coray. Trégourez est une petite paroisse. Le Sciller manie annuellement entre cinquante et deux cent cinquante livres. C’est peu. Entre les offrandes en nature (volailles jambon….., les dons des particuliers, les droits des tombes, le produit des troncs ; ce sont au total quatre cent cinquante livres de recettes. Quant au dépenses, le Sciller doit payer le sonneur de cloches, les émoluments du recteur, l’aménagement intérieur de l’église (le grand autel à lambrisser). A coût d’argent, il est contraint cette année là, afin de rénover la chapelle, d’emprunter cent livres à une paroisse voisine pour équilibrer ses finances. (L’hermine et le soleil – JY Barzic)

Le clergé comprenait en 1672 sous la houlette de pasteur de Maurice Guéguen  deux « curés »  (vicaires) qu’il mentionne en ces termes:   Les vénérables messires Jean et Pierre Le Bourrhis,  prêtres  et curés, célébrant depuis de longues années au profit et satisfaction de tout le peuple ». Leur domicile était au village de Pen ar pont.  Lui-même, recteur, résidait non pas au bourg, mais dans une maison  qu’il avait fait bâtir à Kerdu, sur un terrain qu’il tenait de sa mère. Il était en effet né à Trégourez le 14 juin 1625  de Jean Gueguen et de Jeanne Poupon de Kergarric. Zélé pour l’étude et craignant les importuns, il avait choisi Kerdu et le chérissait. C’est encore lui qui nous le dit, comme

« son Tuscalum et lieu solitaire pour y lire et étudier et composer, écarté des passants qui lui déroberaient son temps étant au bourg ».

Un événement vint, le 17 juillet 1673, animer la paisible monotonie de sa vie d’apôtre bucolique. La petite paroisse de Trégourez qui, depuis plus l’un siècle, n’avait reçu la visite d’aucun évêque, vit se présenter le chef du diocèse, François de Coëtlogon. Ce prélat, plein de faconde et de mansuétude, ami des fleurs, y compris celles de la rhétorique, la visita pontificalement et y administra la confirmation à plus de 600 fidèles (9).  Quoique pluie tombât à verse, le bon peuple se pressa et ceux qui n avalent pas pu entrer dans l’église éprouvèrent la déception de ne pas recevoir sacrement.  En ce grand jour, Maître Guéguen mit en oeuvre toutes les ressources de son éloquence. Il prononça une harangue en latin émaillée de citations de Virgile, et ne manqua pas de  faire allusion  à l’imposante prestation de son évêque. Emporté par le feu de l’inspiration, il va jusqu’à le comparer au berger Paplinis de la 5iéme églogue :
Formosi pecoris custes emosior îpso.(H Vacquet Confidence d’un recteur bas-breton en 1672)

Francois_de_Coëtlogon

Le 22 avril 1791, Le directoire du Finistère ordonne aux prêtres réfractaires de se retirer à au moins quatre lieues de leurs anciennes paroisses.

 Les prêtres proscrits trouveront une hospitalité généreuse à Kernaliou en Trégourez. J’ai toujours entendu parlé avec le plus grand respect de ces vénérables confesseurs de la foi, Messire Guevel natif de Kerherno, demeure quelques temps déguisé en paysan à Kernaliou chez les Pouliquen. On dit qu’un jour, il faillit être trahi par ses mains blanches et par les ampoules qu’il s’était faites en déchargeant les gerbes de seigle. Un autre prêtre Messire Pennanéach originaire de Langolen, renvoyé par sa belle-sœur, vint aussi se réfugier à Kernaliou. Plus tard  nous y verrons des chauffeurs. On a conservé à Kernaliou un souvenir confus d’un vieux prêtre maladif qui y fut accueilli  jusqu’à ce que le lieu de sa retraite ayant été soupçonné, il aimât mieux se retirer. (Archives Finistère)

kernaliou 30 40

Les Missions

En réaction au Concordat, qui fait des prêtres et des évêques des quasi-fonctionnaires, l´empreinte du courant rigoriste dont la promotion est assurée par les évêques de Quimper, Mgr de Poulpiquet puis par Mgr Graveran, devient plus sensible. Le Grand Séminaire de Quimper qui forme les curés et applique les concepts de l´Ancien Régime, suit les conceptions léonardes (radicales) de la vie, du salut et de la mort. Le clergé adopte une attitude offensive dans l´évangélisation du territoire et met en place des missions paroissiales assurées, après 1840, par le clergé diocésain ou par les jésuites. Ce prosélytisme est directement inspiré des méthodes du 17e siècle basées sur la pénitence, la conversion, le culte des saints et l´essor du culte marial.

mission

Les Pardons

Émile Souvestre  a fait, dans la première moitié du 19e, cette description synthétique des grands pardons :

« Les grands pardons durent au moins trois jours, et les paroisses voisines s’y rassemblent avec un empressement où la religion et l’amour du plaisir ont peut-être une part égale. La veille, on surcharge d’ornements les autels ; on revêt les Saints du costume du pays, on dépose à leurs pieds les offrandes qu’on peut leur faire et qu’on apporte sur un brancard entouré de rubans et de fleurs, précédé par le tambourin du village, au bruit ds cloches sonnées à toute volée, et des chants de joie de la multitude. Toutes les têtes se découvrent au passage de ces offrandes qui sont, tantôt du beurre ou des œufs, tantôt des oiseaux, surtout des poules blanches. À l’issue des Vêpres la procession sort de l’église avec ses bannières, ses croix et ses reliques, que portent sur des brancards, après en avoir acheté le droit, des hommes en bonnet blanc, en chemise de même couleur, ceints d’un ruban de couleur vive, et escortés de gardes costumés. Après les reliques, viennent les porteurs de bâtons coloriés, surmontés de divers Saints sculptés plus ou moins artistement, puis une multitude d’enfants avec des clochettes qu’ils agitent de toutes leurs forces. Quand la procession est arrivée à la croix du cimetière, le vieillard le plus vénérable prononce, au pied de la croix, la prière pour les morts et la rénovation des promesses du baptême. Après cette procession, des pauvres accourus à la fête font, moyennant un prix débattu, le tour de l’église à pied ou à genoux, en récitant le chapelet. » (Emile Souvestre XIXe)

anigifpardon

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Ainsi les couronnements de Notre-Dame-de-Rumengol en 1858, de Notre-Dame-du-Folgoët en 1888 et de Notre-Dame-des-Portes à Châteauneuf-du-Faou en 1893, attirent des dizaines de milliers de pèlerins, fidèles aussi à trois cents pardons locaux. Jusqu´en 1914, la paroisse forme une unité sociale, morale et mentale où se maintient la pratique religieuse. A la campagne, la paroisse, plus que la commune, unit la population. Le cléricalisme est enraciné grâce au culte des saints et à la multiplication des pardons et l´accès aux ordres constitue un vecteur d´ascension sociale.

 1902, l’expulsion des congrégations dans le Finistère.

Sans perdre de temps, le 17 octobre 1902, Mgr Dubillard demande à ses « curés et recteurs de lui fournir rapidement des renseignements très précis sur la langue bretonne ou française utilisée au prône et dans la prédication dominicale, ainsi que dans l’enseignement du catéchisme » (****)

Cette initiative de l’évêque sera imitée par le sous-préfet de Bret qui fait établir, rapports de gendarmerie à l’appui, ce qu’il appelle « l’emploi abusif » du breton dans les paroisses de sa circonscription. Cela aboutit à un rapport qu’il remet au gouvernement le 20 novembre 1902.

Dans l’enquête de l’évêché, pour l’abbé Cornic, de Telgruc,

« ce serait un bien grand malheur, un désastre pour la foi, si on nous oblige à prêcher et à faire le catéchisme en français. Peut-être dans vingt ans la chose serait-elle possible, mais maintenant, non ».

L’abbé Picart de Trégourez :

« Les instructions doivent être maintenues en langue bretonne, sous peine d’être absolument inutiles ».

Le prêtre de Saint-Pierre Quilbignon :

« Il nous est impossible de ne pas employer la langue bretonne sous peine de n’être pas compris d’un bon nombre de nos paroissiens qui ne pourraient suivre de manière fructueuse une instruction française ».

Pour le prêtre de Locunolé,

expliquer  » les vérités de la religion en français serait perdre son temps et sa peine et, par suite, compromettre leur salut ».

dubillard

Lorsque, en septembre 1902, Emile Combes s’apprête à user de coercition pour amener le clergé bas-breton à s’exprimer en français à l’église, il décide donc de ne plus verser aux ecclésiastiques coupables le traitement auquel ils avaient droit en vertu du Concordat de 1801. Mais ce traitement ne leur était versé que sur la base d’une double attestation, l’une, un « certificat d’identité » émanant de l’Évêché, l’autre provenant du maire de la commune : celui-ci devait signer un « certificat de résidence » témoignant que le curé, desservant ou vicaire résidait bien dans sa paroisse d’affectation.

Les maires contestataires

Quéméré, maire de Trégourez, dans un français que, d’évidence, il ne maîtrise pas, conteste les renseignements dont disposait la Préfecture concernant sa commune, selon laquelle

« les trois quart des enfants étaient a même de suivre le catéchisme français en français s’est faux à peine s’il y en a six ou sept » (sic).

quéméré

En 1877 débutent les pèlerinages à Lourdes organisés par le diocèse de Quimper. Aucune commune d’y échappe. Trégourez sera de celles là. Des places étaient réservées  pour les pèlerins du Finistère organisés par les autres diocèses bretons. Un carnet du pèlerin est édité, donnant les horaires des prières faites le long du voyage.

lourdes

Et dans la presse locale en 1924

PUITS

 

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